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L’astronome amateur au secours de la NASA

  • Photo du rédacteur: Delphine YA-CHEE-CHAN
    Delphine YA-CHEE-CHAN
  • 12 janv. 2023
  • 4 min de lecture

Dernière mise à jour : 23 juil. 2023

L’appel à l’observation de l’astéroïde Eurybate en octobre 2022 a été lancé par la NASA et relayé en France par l’association d’astronomie. De nombreux chercheurs ont participé à la campagne de communication autour de cet événement. Ce qu’on pourrait prendre pour un simple coup de pub, est en réalité une opération de science participative. Préparez-vous à être régulièrement sollicité car la recherche scientifique a compris l’intérêt de faire appel aux amateurs.


Une indispensable observation

La nuit du samedi 22 au dimanche 23 octobre 2022, peu après 4h du matin a eu lieu une occultation stellaire : l’astéroïde Eurybate est passée devant l’étoile HD 51593. La lumière de cet astrea donc été caché pendant quelques secondes. C’était la troisième des quatre occultations stellaire visible depuis le territoire français de l’année 2022. Un tel phénomène n’est observable que dans une zone limitée. Notre pays était largement sur la trajectoire de l’occultation puisque l’observation pouvait se faire sur une diagonale autour de Saint-Jean-Pied-de-Port (dans le sud ouest) à Charleville-Mézières (au nord). La NASA en partenariat avec l’Association Française d’Astronomie (AFA) a lancé une grande opération de collecte de données auprès des astronomes amateurs. Il s’agit en fait de documenter l’astéroïde. En effet, en fonction de l’endroit où le phénomène d’occultation est visible et de la durée de la disparition de l’étoile, on peut affiner ce qu’on sait de la forme et de la taille de l’astéroïde.

La météo du 22 octobre n’a pas rendu la tâche facile aux astronomes amateurs qui ont participé à l’opération. Mais l’AFA déclare tout de même avoir reçu 246 rapports : un record.

Il faut dire que des moyens ont été déployés. Des scientifiques ont participé en donnant des consignes d’observation sur Twitch. Le Southwest Research Institutdu Colorado (laboratoire qui travaille pour la NASA) a déployé 6 stations en France pour collecter des données sur cet astéroïde. Sur des forums dédiés comme Astrosurf.com, des internautes suivent de près l’actualité autour de cette occultation. On pourrait croire qu’il s’agit d’une campagne de pub visant à populariser l’observation au télescope, mais non : cette opération a une utilité concrète pour la NASA.

Partie le 16 octobre 2021 pour un voyage de 12 ans, la sonde spatiale Lucy va survoler des astéroïdes dont Eurybate en 2027.

Pour que la mission puisse collecter un maximum d’images, il est nécessaire d’avoir en amont des informations qui aideront à la mise au point des appareils. L’observation du 22 octobre 2022 a permis de corriger les informations que nous avions sur l’astéroïde. Le 11 novembre 2022, lors des Rencontres du ciel & de l’espace à la Cité des sciences et de l’industrie à Paris, les premiers résultats de l’observation sont dévoilés : Eurybate mesure 72km de long pour 64km de large. On a aussi découvert que l’astéroïde n’avait pas une forme parfaitement régulière, puisque les observations laissent deviner une bosse.


Les limites de l’astronomie professionnelle

Eurybate n’est pas le seul astéroïde qui intéresse la NASA, il y a aussi Leucos, Polymède, Oros, Patrocle et Ménétios. Pour obtenir les informations primordiales pour la réussite de la mission Lucy, il est nécessaire de mobiliser au-delà des professionnels. Impossible pour les observatoires de couvrir de télescopes une zone géographique qui fait plus d’un tiers du territoire français. Ici ce n’est pas la qualité de l’observation qui est recherché mais la multiplicité des points de vue. Comme pour une mosaïque : un petit carreau ne signifie rien, il faut une grande quantité pour voir le motif.

La mission de la sonde Lucy est loin d’être terminée. Nous pouvons donc être sûres que les appels à participation à des observations vont se multiplier. Ce partenariat amateurs-professionnels fait partie de ce qu’on appelle la science participative (qu’on appelle aussi « science citoyenne » ou « science collaborative »). Cela consiste à permettre aux amateurs (dans le sens de non-professionnels) de participer à la production de savoirs scientifiques.


« Aux astres, citoyens ! »

Il ne s’agit pas d’une nouveauté, puisque les premières campagnes de comptage d’oiseaux datent du début du XXème siècle mais cette pratique prend un nouvel essor depuis l’arrivée d’internet et du numérique. Désormais pour recueillir des données, on peut donner un protocole aux passionnés sur les réseaux sociaux. L’astronomie est un loisir très pratiqué. Ces dernières années ont vu une amélioration du matériel à disposition des amateurs, mais aussi de leurs compétences.

L’AFA relaie sur son site de nombreuses initiatives de sciences participatives. Il s’agit principalement de relevés de données. Dans des domaines comme la médecine et la biologie, on voit apparaître des jeux qui, au travers l’exercice demandé, aident les scientifiques. Avec des applications comme Fold It ou Reverse the odds, le travail des amateurs est récompensé par du divertissement. L’apparition de ces compensations va sans doute influencer le développement des sciences participatives. L’idée de faire partie de l’aventure de la mission Lucy semble pour l’instant motiver les astronomes amateurs. Mais il n’est pas sûr que la NASA puisse toujours compter sur la passion désintéressée.


Site pour suivre les occultations à observer pour aider la mission de la sonde Lucy : http://lucy.swri.edu/occultations.html

La page de l’Association Française d’Astronomie sur les Sciences participatives : https://www.afastronomie.fr/sciences-participatives

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